logoarticle   08/08/2007

 

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Grenadines 400Une histoire à bord d’un catamaran Lagoon 380

Notre projet de vacances d’hiver 2006-2007 ne résulte pas du hasard. Il s’inscrit dans un projet plus général de départ autour du monde, et de vie à bord d’un catamaran habitable équipé pour le voyage pendant plusieurs années. Depuis trois ans, nos temps de loisirs sont orientés essentiellement à la réalisation de ce projet. Nous savons déjà après avoir fréquenté assidûment les salons nautiques, contacté les fabricants, exploré une foule de sites Internet de couples ou de familles ayant réalisé ou réalisant un projet similaire, examiné aussi nos ressources puisque « nerf de la guerre demeure nécessaire », que notre choix se portera sur un Lagoon 380 S2, catamaran qui convient le mieux à notre programme… et à nos moyens.

Ayant acquis cette certitude, ayant déjà loué plusieurs monocoques, embarqué sur un Bahia 46 par l’intermédiaire d’un opérateur de voyage, et plus qu’un essai rapide de quelques heures organisé par un constructeur ou un éventuel vendeur, il nous est apparu qu’il nous fallait rechercher l’oiseau rare, le propriétaire de catamaran Lagoon 380, parti depuis déjà plusieurs mois, ayant fiabilisé son bateau, qui nous accepterait à son bord, nous permettant ainsi de voir ce catamaran dans des conditions variées et de bénéficier de son retour d’expérience, le tout sur une durée de deux semaines.

Nous avons ainsi rencontré Claude, avec qui nous avons embarqué sur Sillage 1 pendant deux semaines au départ du port du Marin en Martinique à destination des Îles Grenadines baignées à cette époque de l’année par des alizés bien établis et soutenus.

 

Samedi 3 février

Les sacs souples sont prêts et nous prenons un vol AF pour la Martinique d’une durée de 8 heures environ. L’atterrissage est comme le vol, impeccable, et une volée d’applaudissements saluent le Commandant de bord. Une chaleur moite nous attend à la sortie de la carlingue, c’est du moins ce que nous pensons avant de constater notre erreur. Il fait bon, aux alentours de 26 ° C et l’humidité n’est pas au rendez-vous. Les formalités de police sont effectuées rapidement tandis que nous cherchons déjà Claude, notre Capitaine, du regard. Il est là, et déjà nous emporte pour les quelques km qui nous séparent du mouillage du Marin. L’homme est d’abord agréable, les premiers mots sont échangés et une première impression se dégage : il est probable que le courant passe ! Un arrêt rapide pour compléter l’avitaillement avec des légumes et des fruits frais et c’est déjà le transfert en annexe à fond rigide vers la zone de mouillage occupée par une quantité de monocoques (souvent dénommés traîne-plomb) ainsi que plusieurs catamarans. Nous voyons déjà Sillage 1 (normal pour des personnes qui aspirent à en posséder un), ses coques accueillantes, ses spacieux cockpit et carré, ses voiles bien enroulées ou rangées, ses drisses, écoutes et bosses correctement lovées à leurs postes de repos tandis que sur les filières ou balcons sont arrimés par des nd de cabestan d’autres bouts ayant chacun un usage bien précis résultant de l’expérience de son Capitaine. Organisé le patron ! C’est l’heure de faire davantage connaissance autour d’un ti' punch, de découvrir l’homme, de nous révéler un peu aussi ; la soirée est conviviale ; les questions fendent l’air, nombreuses et variées, mais focalisant sur l’objet de nos rêves : le Lagoon 380 et la vie à bord. Nos appréhensions se sont envolées.

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Dimanche 4 février

Premier petit déjeuner dans le cockpit avant un dernier tour à terre pour complément d’avitaillement et formalités de douane. Il est temps de filer vers l’anse de Sainte-Anne en sortie du Cul-de-sac du Marin ; le robuste guindeau CAYMAN ramène les trente mètres de chaîne ainsi que l’ancre DELTA et c’est sous génois seul que nous embouquons le chenal de sortie, propulsés par une belle brise à la vitesse de 7 nd. Le chenalage est simple ; encore faut-il ne pas oublier que nous sommes en zone B (Amériques, Antilles, Pacifique, Japon, Corée, Philippines) : on balise (à l’inverse de nos chenaux en métropole) dans le sens de la sortie. La bouée verte est cylindrique et la rouge est conique. Nous mouillons à deux encablures de la bande littorale des 300 m. Repos à bord.

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Lundi 5 février

Le beau temps est là. Une petite balade au bourg de Sainte-Anne, sa mairie arborant le pavillon indépendantiste et les idées de son élu, son petit marché haut en couleur avec Monique et ses produits miracles et il est temps de lever l’ancre vers Sainte-Lucie, l’île la plus voisine au sud. Il y a bien sûr le « canal » à franchir et environ une trentaine de milles jusqu’à Marigot Bay. Agnès s’amarine doucement et la mer dans le canal est relativement clémente pour cette fois. Le bateau est bien dans son élément et nous arriverons à destination vers 16 h, poussés bâbord amures à 8 nd sous Gv0 gen par un bel alizé. Marigot Bay est un bon abri sous le vent de Sainte-Lucie et nous mouillons sur le côté gauche de l’entrée du chenal. Baignade rapide, visite en annexe et c’est déjà « happy hour », la nuit tombe. Juste le temps d’accoster un ponton et de se rendre au « Château Mygo » pour un rafraîchissement suivi d’un dîner de filets de daurade coryphène. L’air du soir est doux, et nous rentrons à bord, satisfaits de cette première journée de navigation. Surprise du jour : on capte Internet en Wifi au mouillage !

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Mardi 6 février

Il nous faut continuer notre descente vers l’archipel des Grenadines et l’étape du jour est Cumberland Bay sous le vent de l’île de Saint-Vincent, à environ 90 milles. Le départ est prévu de bonne heure pour arriver en milieu d’après-midi. Le temps est maussade et il y a encore un canal à franchir, un peu plus long celui-là, le canal de Saint-Vincent. La navigation démarre calmement sous le vent de Sainte-Lucie, une bande de dauphins vient jouer avec nos étraves : émotion... pour les personnes qui sont sensibles à ces plaisirs. Un ris est pris dans la grand-voile en prévision de la survente au passage de la pointe sud de l’île à l’ouvert du canal. De plus, des grains ne cessent de passer dans notre sud-est. L’alizé est ENE et le vent monte effectivement à 30 nd sous les grains. Ce type de temps constitue pour nous un bon entraînement à la navigation, à l’appréciation de l’environnement, à la gestion du vent apparent, de la dérive, de la voilure et des manœuvres courantes.

Claude est un bon « moniteur » pour nous, apprentis de la mer. Il se plait d’ailleurs à nous rappeler l’antique proverbe breton : » Qui veut vivre vieux marin doit saluer les grains et arrondir les pointes ». Une ligne de traîne est mise à l’eau et soudain le moulinet se dévide à grand bruit. À peine le temps d’apercevoir un magnifique espadon voilier sauter hors de l’eau (dont la taille demeure un point de discussion) que la ligne casse et que notre invité reprend sa liberté. Nous sommes soulagés, car il est préférable que ce bel animal demeure en vie dans son élément. Nous arrivons à Cumberland Bay à 15 h, un peu méfiants compte tenu de notre expérience deux années auparavant lors d’un mouillage en monocoque dans la baie.

Seuls au mouillage, très sollicités par les « water boys » et les petits vendeurs locaux sur leurs flotteurs de planche à voile, mal mouillés et amarrés à la bermudienne à un ponton branlant, le tout dans un paysage nous semblant sinistre, nous avions alors... fui.

Cette fois-ci, le mouillage est occupé par plusieurs bateaux et le site un peu plus animé ; les water boys sont là également, mais corrects. La plage de sable noir est fréquentée par des habitants du village du versant nord, le petit ponton a été refait à l’initiative d’un couple de pirates français qui tiennent une taverne installée depuis 2005 à droite de la plage, j’ai nommé Line et Bruno Loizeau qui ont posé leur sac de toile au « Black Baron », un repaire de pirates avec sa malle aux trésors, ses ânes, ses cochons et sa plantation d’ananas. L’excellente cuisine de Line et l’accueil chaleureux de ce couple font de cet endroit un incontournable rendez-vous pour les navigateurs de la région. La soirée se termine avec Line et Bruno, lesquels nous racontent la vie, leur vie dans l’île de Saint-Vincent.

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Mercredi 7 février

L’étape du jour est plus courte. Il s’agit de rejoindre Admiralty Bay à Bequia après avoir franchi le canal du même nom. Nous mettrons à peine trois heures pour franchir la quinzaine de milles qui nous séparent de notre prochain mouillage. La pioche tombe dans une eau limpide et les 30 m de chaîne de 10 mm sont filés pour garantir la tenue du mouillage. Balade dans la petite ville de Bequia, sur la rive sud de la baie, bordée de petits restaurants sympathiques avant de se rafraîchir au Frangipani, sympathique endroit qu’on ne peut pas manquer. Retour et dîner à bord et soirée en musique sous un ciel étoilé grâce à l’incroyable sonothèque de Claude. Organisé le patron !

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Jeudi 8 février

Claude va effectuer les formalités d’entrée à Saint-Vincent tandis que nous nous promenons encore et visitons le marché de Bequia. Nous le retrouvons dans un cybercafé (Internet est partout !) où il a consulté les fichiers météo pour la période à venir, et nous retournons déjeuner à bord. C’est Claude qui est au fourneau ! Et il s’y connait ! Le temps de se ravitailler en eau (suite à une panne sur le dessalinisateur) et il est temps de rejoindre notre prochaine étape à Charleston Bay au nord de l’île de Canouan. La brise est modérée et mise à profit pour gréer et envoyer le Genaker léger. Nous arrivons au mouillage en milieu d’après-midi avec un temps maussade et de nombreux grains. La sortie à terre est remise à plus tard, la nuit tombe déjà.

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Vendredi 9 février

Nous quittons Charleston Bay en matinée pour rejoindre South Glossy Bay avant de pousser plus sud vers les Tobago Cays. Le beau temps est revenu et pénétrons le petit archipel dans le magnifique chenal entre Petit Bateau et Petit Rameau, laissons derrière nous les bateaux mouillés en nombre et contournons Baradal pour mouiller seuls ou presque, sous le vent et à une encablure du récif s’étendant à l’ouest de l’archipel. Le site est magnifique. Baignade, repos et dîner à bord ponctuent cette belle journée.


Samedi 10 février

Le soleil est déjà là à 8 h pour nous accompagner dans un petit déjeuner avec vue sur Petit tabac de l’autre côté du récif. Un peu plus tard, Claude nous emmène en annexe vers le récif pour un peu de snorkeling. Les eaux sont poissonneuses, il y a des coraux vivants, de belles gorgones se balancent au gré du mouvement des eaux tandis que des lambis paressent sur le fond sablonneux ; que du plaisir ! Puis nous allons faire une balade sur l’îlot de Baradal pour avoir un beau point de vue sur les Tobago Cays et là, surprise ! Nous entendons du bruit dans les épineux nous entourant. Des iguanes occupent l’île et fuient en tous sens à notre approche. Nous les laisserons en paix et retournerons à bord pour déjeuner avant de poursuivre notre périple vers l’île d’UNION. Un peu plus d’une heure de navigation nous sépare de cette île et c’est sous Genaker seul que nous laisserons ces eaux enchanteresses. Nous longeons le récif bordant le sud-est de l’île avant de franchir la passe d’entrée et virer rapidement sur tribord pour rejoindre un mouillage au NE du plan d’eau, à une encablure d’une curiosité, j’ai nommé Happy Island. Il s’agit d’un îlot fabriqué de la main de son créateur : Gentil. Assemblage de lambis maçonnés, surmonté d’un petit bistrot bien sympathique et diffusant de la musique locale, tenu par un personnage sympathique et accueillant toujours prêt à vous servir des rafraîchissements. Le soleil a déjà achevé sa course dans le ciel et nous rentrons à bord, repus de cette belle journée.

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Dimanche 11 février

Aujourd’hui, nous descendons à terre pour une balade vers Fort Hill. La pente est sérieuse, des pauses sont effectuées… sans doute pour mieux admirer la vue. Le point de vue au sommet, après avoir franchi l’enceinte en pierres, vaut le détour ; encore faut-il ne pas y aller trop tôt pour avoir la bonne lumière avec le soleil déjà assez haut dans le ciel. Nous croisons des enfants qui jouent au cerceau, des femmes qui devisent tranquillement, un monde en paix. Nous redescendons vers le village et achetons quelques fruits chez Jenny qui tient sa boutique sur la droite un peu après l’entrée du village, rencontrons Robert et Annie qui tiennent une Galerie d’Art depuis 30 ans, et poursuivons vers Capitaine Gourmet pour compléter l’avitaillement. Nous trouvons même de la papaye verte afin qu’Agnès puisse essayer une excellente recette de Line rencontrée au Black Baron à Cumberland Bay. Le village est sympathique et nous terminerons cette visite par un pot chez Jean-Marc. L’adresse est inutile : tout le monde le connait.

Retour à bord et départ dans l’après-midi vers l’île de Petit Saint-Vincent qui marque la limite sud de l’état de Saint-Vincent. Le mouillage devant le ponton sous le vent de l’île est agréable, mais tout semble quelque peu aseptisé, l’île étant à elle seule un Resort de luxe où notre présence est tolérée à terre à cet endroit bien précis. La fin de soirée sera animée grâce à moi, le donneur de leçons sur le bon usage des toilettes du bord : la poulaine bâbord est bouchée avec deux feuilles d’essuie-tout jetées malencontreusement dans la cuvette après nettoyage de la salle de bains. Le démontage de la pompe et de ses raccordements n’y fera rien et l’ennui semble se situer au niveau du passage de coque. Qu’à cela ne tienne, c’est équipé d’un masque, tuba et d’un tire-bouchon, éclairé par ma belle, que j’irai explorer les flancs du navire à la recherche du passage de coque incriminé. Le bouchon est là, immaculé, résistant à mes assauts, avec moi qui me débat pour rester en appui au milieu d’une myriade de minuscules crevettes phosphorescentes. Spectacle offert par la nature, quel émerveillement ! Enfin le bouchon cède à mes tractions, libérant le précieux conduit. J’en profiterais tant qu’à faire pour dégager les tartres accumulés dans les autres passe-coques, redonnant une nouvelle jeunesse à notre lavabo bâbord quelque peu récalcitrant à la vidange. Un rouleau d’essuie-tout peut ainsi vous faire passer une « sacrée soirée », qu’on se le dise ! Excuses et regrets seront transmis avant que chaque partie regagne sa coque respective pour un repos bien mérité.

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Lundi 12 février

Le ciel est couvert, des grains sont visibles tandis que nous quittons le mouillage de Petit Saint-Vincent pour rejoindre l’île de Petite Martinique toute proche, afin d’y faire le plein d’eau douce et de gazole. Un accostage délicat par 25 nd de vent puis les pleins sont faits rapidement et nous remontons ensuite vers l’îlot Morpion. Nous remontons ? Oui, nous avons atteint le point le plus sud de notre périple et entamons la remontée… L’arrêt sur cet îlot est d’ailleurs déprogrammé compte tenu du temps maussade et du vent soutenu qui rend le mouillage dangereux. De plus, les deux dernières années ont vu l’îlot se modifier et il n’exerce plus sur nous le charme qui s’en dégageait à notre première visite. Les lignes de grains se succèdent et nous remontons au près, au vent d’Union sous GV1 Gen 50 %. Nous avons plus de 30 nd de vent apparent et avons pris un ris et enroulé le génois à 50 %. L’île de Mayreau ne se laissera aborder à Saline Bay que vers midi. Après le déjeuner, nous descendons à terre tandis que les pluies sont de plus en plus menaçantes et montons vers le village qui abrite à peine 200 âmes. Un grand rasta nous invite dans son antre, un « café » rasta typique, il s’agit de Robert et de son harmonica. Des adolescents l’accompagnent en jouant du djembé et l’après-midi file ainsi au rythme de la musique. Une visite à l’église qui domine l’île avec une vue à ne pas manquer par beau temps sur les Tobago Cays et sur Salt Whistle Bay sur l’autre versant. Nous profitons d’une accalmie pour rentrer à bord.

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Mardi 13 février

Nous nous levons tôt pour une belle journée de navigation à destination de Bequia. Le vent est établi ENE à ~ 28 nd, la mer est agitée et nous sommes sur pilote auto réglé à 47 ° en vent apparent. Nous filons entre 5 et 6 nd sous GV à un ris avec génois. Les bateaux qui remontent comme nous sont au moteur et tapent dans les vagues tandis que nous sommes bien assis sur nos deux coques. Nous arriverons à Bequia dans l’après-midi avec une soirée prévue à terre en amoureux ; c’est le Valentine Day… ou presque. Ce le sera compte tenu du fait que nous n’aurions pas trouvé un restaurant le lendemain à l’escale prévue. Nous allons passer une excellente soirée au Frangipani, endroit préféré des navigateurs, au bord de l’eau dans une ambiance très sympathique, en musique avec un excellent guitariste, une remarquable dorade coryphène au beurre de citron, la rencontre de Paul et Mary d’Ottawa et Claude qui nous rejoint pour la fin de la soirée.

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Mercredi 14 février

Nous quittons Bequia vers 10 h pour rejoindre Cumberland Bay sur l’île de Saint-Vincent. Le beau temps est revenu ! La traversée est calme par une belle brise d’Est d’une quinzaine de nd. La nature aidant et la force de Coriolis permettront à la brise généreuse de nous laisse passer la pointe sud de l’île de Saint-Vincent au portant. La ligne de traîne demeure vide de tout poisson et il nous faut déjà virer à droite dans la baie de Cumberland. Mouillage à la bermudienne comme à l’aller, baignade tandis que Claude va saluer Line et Bruno que nous retrouverons en fin d’après midi. Curieusement ce soir, le restaurant n’est pas fréquenté et nous sommes invités à partager leur table pour une soirée très sympathique au cours de laquelle nous fêterons l’anniversaire d’Agnès avec 48 h de décalage, géographie oblige !

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Jeudi 15 février

Aujourd’hui, longue navigation jusqu’à Rodney Bay à Sainte-Lucie. Nous levons la pioche à 7 h 30 alors que l’équipage d’un catamaran voisin prend encore le café bien qu’il nous ait promis d’arriver avant nous à Rodney Bay. La brise nocturne achevant de s’évanouir sous le vent de l’île, il nous faudra faire un peu de moteurs pendant une heure avant que Éole, acceptant de nous faire une faveur, ne nous invite à mettre la voile. Un banc de bonites sautant hors de l’eau en tous sens vient nous saluer sur tribord tandis que nous continuons notre progression vers le nord. La pointe de l’île approche et nous nous préparons à la survente en prenant le ris traditionnel. Nous avons eu raison de prendre cette précaution, car le vent a atteint rapidement Force 6 avec des grains successifs et une mer croisée dans laquelle le bateau s’est bien comporté deux heures durant. Le ciel a bien voulu s’éclaircir et le canal s’est laissé traverser sans autre difficulté. De nouveau à l’abri sous le vent de Sainte-Lucie, la ligne de traîne s’est mise à crépiter du bruit caractéristique du moulinet qui se dévide. Claude s’est saisi de la canne tandis que je choquai l’écoute de grand-voile ainsi qu’un peu le génois pour perdre en vitesse. Assis sur la jupe bâbord, un vieux mocassin placé entre ses cuisses et recevant le pied de la canne, notre skipper a commencé à ramener le poisson… indéterminé jusqu’à ce moment. À quelques mètres du bord, apparaissait alors furtivement dans l’eau bleue un spectaculaire miroitement, il était beau, mais encore inconnu. Un coup de gaffe bien placé et la force des bras ont hissé à bord une belle bonite d’une douzaine de kilos, laquelle allait réjouir nos papilles une heure plus tard à l’arrivée à Rodney Bay. Cette chair savoureuse en carpaccio nous a fait remercier cette mer si généreuse et le talent de Claude. Le catamaran cité plus haut arrivera au mouillage deux heures après nous, comme quoi les Lagoon 380 s’en tirent bien. Plus tard dans l’après-midi, une autre surprise nous est réservée. Un Lagoon 380 S2 se présente dans la baie et vient mouiller à une encablure sous notre vent. Il s’agit d’un bateau rencontré à La Rochelle à la fin du mois de juillet 2006, alors en fin de préparation pour le grand départ. Un coup d’œil avec des jumelles nous invitera à rester discrets : le patron est en famille. Nous étions simplement heureux qu’il soit bien arrivé de ce côté du monde, nous projetant déjà dans ce bonheur que nous nous préparons.

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Vendredi 16 février

C’est notre dernier jour de mer ! Le canal de Sainte-Lucie, pour rejoindre l’anse Sainte-Anne à l’ouvert du Cul-de-sac du Marin en Martinique, sera clément cette fois. Nous aurons une belle navigation avec une gentille brise, comme si le vent nous accordait de prolonger un peu notre bonheur, notre bonheur d’être sur l’eau tout simplement, dans les mains de cette belle nature, de cet océan. L’anse Sainte-Anne est déjà devant nous, accueillante. Pendant la prise de notre mouillage, un jeune couple sur un petit esquif tout juste habitable, surmonté d’une voile qui a beaucoup voyagé, tire des bords pour explorer le plan d’eau et décider enfin de l’endroit idéal. Ils gîtent, lofent, abattent et maîtrisent leur monture entre les nombreux bateaux déjà mouillés, jusqu’à tout affaler et courir sur leur erre pour atteindre le lieu choisi. Nous les voyons de loin, ils sont beaux sur leur bateau ! Encore une baignade dans cette eau à 26 °C et l’après-midi se termine dans le chenal du Marin pour le mouillage définitif. C’en est fait de cette marée ! Les drisses et écoutes sont rangées, la grand-voile ferlée dans son bag, les aussières correctement rangées dans les pics avant ; pas un nœud de cabestan ne manque ! Claude nous emmène à terre pour déguster des ribs et des acras ; c’est curieux, la terre roule et tangue… bizarre !

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Samedi 17 février

C’est notre dernière journée en Martinique. Claude a loué une voiture pour nous balader un peu dans l’île avant de nous accompagner à l’avion qui nous ramène en métropole. Nous laissons derrière nous avec nostalgie Sillage 1 et son skipper expérimenté et d’une grande gentillesse. Cuisinier à ses heures, moniteur pour tout ce qui est voile, pédagogue, amateur de musique, Claude nous a permis de passer de superbes vacances tout en nous apportant sa connaissance du Lagoon 380 avec sérieux, humour et décontraction. On ne s’est pas pris le chou, c’était chouette !

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